[gull] Les réseaux antisociaux et l'Europe

Frederic Dumas f.dumas at ellis.siteparc.fr
Thu Mar 19 11:25:30 CET 2026


Salut Cédric,

merci pour ton lien vers cette vidéo de Lê Nguyên Hoang.

L'auteur de la vidéo a raison dans ce qu'il affirme et tort dans ce qu'il oublie. Il a raison d'analyser la partialité des algorithmes de tri des contenus. Mais il a tort d'oublier que cette réglementation de l'UE d'une part, de la France d'autre part, qui voudraient imposer une "responsabilité éditoriale" aux plateformes de discussions publiques en ligne, sont des boîtes de pandore de la censure. C'est l'angle mort de l'auteur de la vidéo, ce problème ne lui apparait pas du tout.

À partir du moment où une décision politique fait perdre à l'hébergeur son rôle de "tuyaux irresponsable", et lui impose un statu d'éditeur (responsable du contenu publié, même si ce n'est pas le sien), ça élargi par un dispositif légal les capacités d'ingérence des pouvoirs (lobbies, gouvernements) pour contraindre les algorithmes à travailler en leur faveur. Avant, les plateformes répondaient "nous ne sommes pas responsables du contenu, la loi nous le garantit". Après, les politiques pourront micro-manager ce qu'on peut lire et dire, comme si le public était infantile.

Au début de ce genre de changement politique, le vocable est doux et rassurant, il s'agit de protéger le public, les enfants, de l'amplification "de la diffamation", du "cyber-harcèlement"; puis le champ lexical s'élargit, il s'agit de supprimer aussi, sous peine d'être en "infraction" et d'être "sanctionné", les contenus qui sont "de la désinformation", "de l'incitation à la haine", "de la glorification du génocide", la liste ne fait que commencer à être écrite.

Tous ces mots de vocabulaire sortent de la bouche de l'auteur de la vidéo, qui ne trouve rien à critiquer. Les termes sont volontairement vagues. Qu'est-ce que "la désinformation", si ce n'est souvent de l'information dont le pouvoir ne veut pas ? Qu'est-ce que "l'incitation à la haine", si ce n'est habituellement dans les mains des SJW et autres "signaleurs de confiance" des opinions en désaccord avec les leurs ? Qu'est-ce que "la glorification du génocide", autre qu'un concept manipulé pour désigner Blanche Gardin à la vindicte ? Ces concepts fourre-tout sont le canevas habituel des outils de censure politique.

L'auteur oublie que l'année passée (je cite de mémoire), c'est exactement ce dont le gouvernement Trump, mécontent des opinions qu'ils véhiculaient, avait menacé les cablo-opérateurs aux États-Unis (les priver de leur statu d'opérateurs et leur appliquer un statu d'éditeur, grâce auquel des sanctions auraient pu être prononcées concernant le contenu diffusé). À l'époque, tout le monde vilipendait la menace (qui n'a pas été mise à exécution) comme une attente à la liberté d'expression. Et aujourd'hui, l'UE et la France annoncent vouloir faire de même, bravo, applaudissons !

Qu'il est loin le vieux cri démago, "il est interdit d'interdire". Aujourd'hui, la mode est à l'idiocratie, avec les youtubers appelant de leurs voeux la mise en place des interdits qui obligeront les algorithmes à supprimer les opinions déplaisantes™. Pour eux.


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Frédéric Dumas
f.dumas at ellis.siteparc.fr


> Le 18 mars 2026 à 22:12, Cédric BRINER via gull <gull at forum.linux-gull.ch> a écrit :
> 
> J'ai toujours aimé et apprécié science4all pour son analyse des algorithmes de recommendations des réseaux asociaux.
> 
> Et là, il vient de rééditer une vidéo assez encourageante que je vous invite à visionner
> 
> https://www.youtube.com/watch?v=n2jW66NFxPQ
> 
> Entre autre, une loie européenne va rendre ces plateformes responsable de leurs lignes éditoriales.
> 
> Excellent visionnage à tous !
> 
> Amicalement, 
> Cédric





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